Informations sur la bataille
- Gand
- Révolution brabançonne (1789-1790)
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Armée autrichienne
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Armée patriote
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| Forces en présence |
4000-5000
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1000 + population civile
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| Victimes |
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| Chefs des armées |
Jacques-Henri de Lunden
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Synopsis
À l’automne 1789, la Révolution brabançonne prend de l’ampleur dans les Pays-Bas autrichiens. Ce mouvement insurrectionnel, qui rassemble le clergé, la noblesse et une partie du tiers état (les bourgeois dans les villes), s’oppose aux réformes centralisatrices et inspirées des Lumières mises en œuvre par l’empereur Joseph II. Les dirigeants se sont installés à Breda, sur le territoire la République, où ils ont formé le Comité de Breda.
Les révolutionnaires se surnomment les « Patriotes ». Ils entendent avant tout défendre les privilèges, les libertés provinciales et les institutions traditionnelles qu’ils estiment menacés par la politique impériale.
Après plusieurs succès militaires (p.e. à Turnhout), les patriotes profitent du recul des forces impériales pour étendre leur contrôle sur la province (comté) de Flandre.
Les insurgés avancent dans le Pays de Waes sans rencontrer de véritable résistance. Mené par le major Philippe Devaux de Vautray (1760-1793), un jeune officier originaire de Bruxelles qui avait quitté les rangs de son régiment pour rejoindre les Patriotes, ils atteignent Lokeren puis se dirigent vers Gand, l’une des principales villes des Pays-Bas autrichiens.
Les autorités à Bruxelles envoient des renforcements à la ville, entre autres le colonel Jacques-Henri de Lunden (1731-1814) avec 4 compagnies du régiment « Clerfayt ». Ce régiment, dont de Lunden – appartenant à une importante famille anversoise – est le commandant, est l’un des « régiments nationaux » (ou : « régiments wallons ») : des unités permanentes de l’armée autrichienne composées pour l’essentiel d’hommes – soldats et officiers – originaires des Pays-Bas autrichiens. La bataille à venir se transformera ainsi en partie en un affrontement entre compatriotes.
De Lunden arrive à Gand dans la nuit du 9 au 10 novembre.
Le 12 novembre, à l’approche des forces patriotes, il fait fermer les portes de la ville et se prépare à soutenir un assaut.
Les événements militaires qui se déroulent à Gand en 1789 sont relatés par deux témoins importants.
Le premier est Émilien-François Malingié (1756-1826), secrétaire et moine de l’abbaye Saint-Pierre de Gand, qui consigne fidèlement dans son Livre de jours les événements survenus dans les Pays-Bas, jour après jour.
Le second témoin est le chroniqueur et riche bourgeois gantois Gilles-Lucas-Guillaume Schamp (1764-1846), qui rapporte sa participation forcée aux combats menés contre les Autrichiens à Gand.
Ces témoins sont localisés sur les cartes-ci-dessous.
Ces deux témoignages sont particulièrement précieux, car ils offrent un éclairage sur le point de vue des civils confrontés aux affrontements révolutionnaires du mois de novembre 1789.
Le 13 novembre, vers sept heures du matin, les patriotes passent à l’offensive.
Trois colonnes attaquent simultanément les portes d’Anvers, de Bruges et de Muide afin de pénétrer dans la ville. Les combats les plus violents éclatent à la porte de Bruges. Devaux de Vautray ne parvient pas à s’en emparer. Cela le fait douter des chances de succès de l'opération et il quitte le champ de bataille. Le capitaine Jean-Baptiste Davaine (1733-1794), qui avait servi dans l'armée française dans sa jeunesse, prend alors le commandement des forces patriotes.
Malgré les pertes, les Patriotes poursuivent leurs actions. Le bruit des armes résonne dans toute la cité alors que le marché bat son plein. La population, surprise par la soudaineté de l’attaque, cherche refuge tandis que le tocsin appelle les habitants à la mobilisation.
Après avoir forcé la porte de Bruges, les insurgés pénètrent dans Gand et repoussent progressivement les troupes impériales vers leurs positions retranchées.
Les combats gagnent rapidement les rues du centre-ville. Les Patriotes avancent par la rue Haute et la rue de Bruges jusqu’au Marché aux Grains. Plusieurs habitants participent à l’effort de guerre en arrachant les pavés pour en faire des projectiles ou en dressant des obstacles sur le passage des soldats. D’autres quittent précipitamment leurs maisons afin d’échapper aux affrontements. La ville se transforme peu à peu en champ de bataille. Les tirs se multiplient et des affrontements violents prennent place sur les ponts Madou et des Chaudrons.
Après neuf heures de lutte, les Patriotes, épuisés, se replient dans les secteurs qu’ils contrôlent déjà. Les bourgeois leur réservent néanmoins un accueil favorable et organisent des patrouilles afin d’éviter les pillages durant la nuit.
Le 14 novembre, la tension demeure extrême.
Les troupes autrichiennes restent solidement retranchées dans le château d’Espagne et dans plusieurs casernes. Dès le matin, elles bombardent les quartiers aux mains des Patriotes afin de briser la résistance insurgée. Les obus frappent différents quartiers, détruisent de nombreuses habitations et provoquent de lourdes pertes parmi la population civile. Les rues proches des positions impériales subissent également pillages et violences.
Malgré la peur qui gagne la ville, les troupes patriotes maintiennent la pression. Ils surveillent les casernes, cherchent à couper le ravitaillement des soldats et tentent d’isoler les différentes garnisons ennemies.
Les combats se poursuivent tout au long de la journée tandis que le tocsin sonne presque sans interruption.
Le 15 novembre, Gand est comme une ville plongée dans la terreur, où « l’image de la mort est peinte partout ».
Les incendies se propagent dans plusieurs quartiers et l’angoisse gagne les habitants. Beaucoup fuient avec leurs familles ou se réfugient dans les secteurs jugés plus sûrs.
Dans le même temps, la mobilisation patriotique s’élargit. Des volontaires affluent des villes voisines comme Courtrai et des religieux prennent eux aussi part à la défense de la cité.
Encouragés par ces renforts, les insurgés envisagent désormais de réduire les dernières positions autrichiennes. Les habitants fortifient les rues avec des pierres, des meubles et divers matériaux afin de ralentir toute contre-attaque.
Lorsque les soldats impériaux tentent une sortie de grande ampleur, ils se heurtent à une résistance déterminée. Des tirs nourris les obligent à reculer vers le château d’Espagne, empêchant ainsi la destruction d’une partie importante de la ville.
Le 16 novembre marque le tournant décisif de l’opération.
Les patriotes lancent l’assaut contre les casernes. Dès le matin, ils investissent les abords des bâtiments et ouvrent un feu continu. Peu à peu, ils resserrent l’étau autour des défenseurs. Des positions de tir sont aménagées dans les maisons voisines et plusieurs canons entrent en action.
Affaiblies par les combats précédents, privées de ravitaillement et confrontées à une pression constante, les troupes autrichiennes perdent progressivement toute capacité de résistance.
Dans l’après-midi, environ huit cents soldats capitulent et tombent aux mains des insurgés. Ce succès renforce considérablement la confiance des Patriotes.
Toutefois, la lutte n’est pas encore totalement terminée. Les Autrichiens contrôlent toujours une partie de la ville depuis le château et poursuivent leurs opérations, causant de nouvelles destructions et de nouvelles victimes.
Durant la nuit du 16 au 17 novembre, la situation bascule définitivement.
Conscients de l’impossibilité de reprendre l’initiative, les commandants autrichiens décident d’abandonner leurs positions. La garnison évacue discrètement le château d’Espagne et quitte Gand avec armes et bagages.
Au matin, la nouvelle se répand rapidement dans toute la ville. Les Patriotes occupent aussitôt les positions abandonnées, installent leurs propres garnisons et sécurisent les accès afin d’empêcher tout retour de l’ennemi. Plusieurs soldats impériaux en fuite sont interceptés dans les environs par des groupes de paysans mobilisés.
La prise de Gand constitue l’un des principaux succès de la Révolution brabançonne. En s’emparant de cette grande cité flamande après quatre jours de combats, les Patriotes portent un coup sévère à l’autorité autrichienne, favorisent le ralliement rapide de la province (comté) de Flandre à l’insurrection et repoussent les forces impériales.
Ce succès s’explique à la fois par l’extension des soulèvements après Turnhout et par les divisions qui paralysent la réaction autrichienne. D’autant plus remarquable que les insurgés forment une force hétérogène et largement inexpérimentée, cette victoire bénéficie aussi du soutien croissant de la population, renforcé par les violences commises contre les civils.
Au-delà de sa portée militaire, la prise de Gand devient un symbole de l’essor révolutionnaire et des faiblesses du pouvoir impérial.
Après Gand, la Révolution brabançonne gagnera rapidement du terrain (fin novembre, début décembre, les insurgés s’empareront de Mons et de Bruxelles). Ceci mènera, au mois de janvier 1790, au repli des autorités et forces autrichiennes dans la province (duché) du Luxembourg géographiquement séparée de la plupart des autres provinces par le principauté de Liège. Ensuite, les autres provinces proclameront les États-Belgiques-Unis. Ceux-ci constitueront néanmoins une confédération fragile et temporaire : des profondes divisions internes, ainsi que l’absence de soutien et de reconnaissance étrangère, permettront aux Autrichiens de rétablir leur autorité sur l’ensemble des Pays-Bas méridionaux vers la fin de 1790.
Auteur : Théo Di Pillo – Historien, numismate et collectionneur
Littérature
- BEALES Derek, Joseph II : Against the World, 1780–1790, vol. 2, Cambridge, 2009.
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- MABILLE Xavier, Histoire politique de la Belgique : Facteurs et acteurs de changements, Bruxelles, 1986.
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- VAN DER MERSCH François-Michel, La Révolution Belgique : chronique d’une famille entre France et Flandres, Bruxelles, 2000.
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