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Bataille
Bataille de Turnhout (1789)

Le premier succès militaire pour les Patriotes.

Bataille de Turnhout (1789)

Informations sur la bataille

  • Turnhout
Quand
27 octobre 1789
Conflit
  • Révolution brabançonne (1789-1790)
Parties belligérantes
Armée autrichienne
Armée patriote
Forces en présence
4000
3000 + population civile
Victimes
108 morts
87 morts
Chefs des armées
Johan Gottfried von Schröder
Jean-André Vander Mersch

Synopsis

À l’automne 1789, la Révolution brabançonne prend de l’ampleur dans les Pays-Bas autrichiens. Ce mouvement insurrectionnel, qui rassemble le clergé, la noblesse et une partie du tiers état (les bourgeois dans les villes), s’oppose aux réformes centralisatrices et inspirées des Lumières mises en œuvre par l’empereur Joseph II. Les dirigeants se sont installés à Breda, sur le territoire la République, où ils ont formé le Comité de Breda.
Les révolutionnaires se surnomment les « Patriotes ». Ils entendent avant tout défendre les privilèges, les libertés provinciales et les institutions traditionnelles qu’ils estiment menacés par la politique impériale.

En octobre 1789, cette Révolution brabançonne s’intensifie.
Le 24 octobre, l’armée des Patriotes – principalement des volontaires et peu formés qui se sont rassemblés à Breda – menée par le général Jean-André Vander Mersch (1734-1792), passe la frontière et entre dans les Pays-Bas autrichiens. Vander Mersch est un officier expérimenté de l’armée autrichienne qui n’est plus en service actif. Il s’est adhéré au Comité de Breda qui l’a nommé commandant en chef de l’armée patriote, avec le grade de lieutenant-général.

Vander Mersch ne rencontre pratiquement aucune résistance. Le lendemain, il rejoint Turnhout avec l’essentiel de ses troupes (environs 3000 hommes). Son objectif initial consiste à poursuivre sa marche vers Geel, mais l’annonce de l’approche d’une importante force autrichienne d’à peu près 4000 hommes sous le commandement du général Johann Gottfried von Schröder (1735-1807) l’oblige à modifier ses plans. Face à un ennemi supérieur en discipline, en artillerie et en cavalerie, il renonce à livrer bataille en terrain découvert et décide de transformer Turnhout en place forte.

Convaincu que ses hommes manquent encore d’expérience pour affronter les Autrichiens dans une bataille rangée, Vander Mersch exploite les avantages tactiques du milieu urbain.
Il organise méthodiquement la défense de la ville : il répartit ses troupes aux principaux accès, installe des postes de garde et conserve une réserve centrale autour de l’église (1600 hommes). Avec l’aide enthousiaste des habitants, les Patriotes dressent des barricades à travers les rues, accumulent meubles, tonneaux, caisses et arbres abattus afin de ralentir l’ennemi. Les maisons deviennent des positions de tir, tandis que caves, greniers et fenêtres se transforment en postes d’embuscade.

Chez les Autrichiens, la confiance règne. Les officiers sous-estiment les insurgés et considèrent Vander Mersch comme le chef d’une troupe d’enfants indisciplinés.
Von Schröder, persuadé de remporter une victoire facile, décide d'avancer seul et de ne pas attendre l'arrivée de deux autres colonnes autrichiennes que le comte d'Alton, commandant en chef des troupes autrichiennes dans les Pays-Bas méridionaux, lui a envoyées en renfort.
Cette décision précipitée désorganise toutefois la coordination entre les différentes colonnes autrichiennes et fragilise leur plan d’attaque.

Au matin du 27 octobre, von Schröder arrive avec ses troupes devant les portes de Turnhout.
Un épais brouillard recouvre la ville. Les canons autrichiens tirent à l’aveugle et perdent une grande partie de leur efficacité.
L’assaut débute aux abords du moulin, où les Patriotes cèdent d’abord du terrain avant de se replier vers leurs positions préparées. Les rues étroites et encombrées ralentissent fortement la progression autrichienne. Dès que les soldats autrichiens s’engagent dans la ville, les Patriotes ouvrent le feu depuis les maisons, les caves et les greniers. Les habitants participent activement au combat ; des femmes lancent des pavés sur les assaillants tandis que d’autres continuent à ravitailler les défenseurs.

Les combats deviennent rapidement violents et confus. Dans plusieurs rues, les adversaires s’affrontent au corps à corps à la baïonnette. Les Patriotes exploitent parfaitement leur connaissance du terrain et multiplient les embuscades. Après plusieurs heures de lutte acharnée, ils parviennent à s’emparer de trois canons autrichiens et à repousser l’attaque.
Tout au long de la bataille, Vander Mersch conserve son sang-froid. Présent au plus près de ses hommes, il dirige personnellement la défense, encourage les combattants et maintient la cohésion de ses troupes.

carte avec les différentes positions pendant la bataille de Turnhout

Après environs cinq heures de combats, les Autrichiens, ayant compris qu’ils ne peuvent pas prendre le dessus dans de telles conditions, battent en retraite. Vander Mersch refuse de les poursuivre en terrain découvert afin de ne pas exposer ses soldats à un retournement de situation.
Grâce à une stratégie fondée sur la défense urbaine, les embuscades et la mobilisation populaire, Vander Mersch neutralise les avantages militaires d’une armée pourtant mieux équipée et plus expérimentée. Les forces patriotes subissent relativement peu de pertes.

La victoire à Turnhout renforce considérablement le moral des insurgés, favorise les désertions dans les rangs impériaux (plusieurs unités de l'armée – les régiments dits « nationaux » ou « wallons » – sont composées en grande partie d'habitants des Pays-Bas méridionaux) et fragilise l’autorité autrichienne dans les Pays-Bas méridionaux.
De plus : divers récits et témoignages, qui se propagent comme une traînée de poudre, évoquent des pillages, des atrocités et des attaques contre les habitants de Turnhout. Si l’ampleur exacte de ces exactions reste difficile à établir, elles contribuent à renforcer l’hostilité de la population envers la présence autrichienne.
Quant à lui, Vander Mersch devient l’un des principaux symboles de la Révolution brabançonne.

D’autres succès militaires suivront (notamment p.e. à Gand), menant, au mois de janvier 1790, au repli des autorités et forces autrichiennes dans la province (duché) du Luxembourg géographiquement séparée de la plupart des autres provinces par le principauté de Liège. Ensuite, les autres provinces proclameront les États-Belgiques-Unis. Ceux-ci constitueront néanmoins une confédération fragile et temporaire : des profondes divisions internes, ainsi que l’absence de soutien et de reconnaissance étrangère, permettront aux Autrichiens de rétablir leur autorité sur l’ensemble des Pays-Bas méridionaux vers la fin de 1790.

 

Auteur : Théo Di Pillo – Historien, numismate et collectionneur

 

Littérature

  • BINCKEN Hubert, Naukeurige beschryving van den slag voorgevallen tot Turnhout tusschen de vaderlandlievende patriotten en de Oostenrijksche soldaten, Anvers, 27 octobre 1789, p. 1-16.
  • DE KOK Harry, « La bataille de Turnhout » , dans :  l'Annuaire de la Société royale historique et archéologique de la Campine d'Anvers, Turnhout, 1989.
  • DE KOK Harry, « Turnhout den eersten troost der staten : De Slag van Turnhout (27.10.1789) », dans : Taxandria : Jaarboek van de Koninklijke Geschied- en oudheidkundige Kring V.D. Antwerpse Kempen, t. 61, Turnhout, 1989.
  • DINNE Emmanuel, Mémoire historique, t.1, Lille, 1791.
  • DIRKX Johan et DE KOK Harry, Slag van Turnhout 1789-1989, t. 1-4, Turnhout, 1989.
  • GACHARD Louis-Prosper, « Lettres de Joseph II sur les troubles des Pays-Bas en 1787 et la révolution de 1789 », dans : Bulletin de la commission royale d’Histoire, 1872, t. 14, p. 7-22.
  • JAUBERT Charles, Mémoires pour servir à la justification de feue son excellence le général comte d’Alton et à l’histoire secrète de la Révolution Belgique, Bruxelles, 1790.
  • JUDGE Jane, The United States of Belgium : the Story of the First Belgian Revolution, Louvain, 2018.
  • MABILLE Xavier, Histoire politique de la Belgique : Facteurs et acteurs de changements, Bruxelles, 1986.
  • MALINGIÉ Émilien, Le livre des jours, ou relation fidèle de tout ce qui s’est passé de remarquable dans l’Abbaie de Saint Pierre lez Gand, et des principaux évênemens arrives dans les Paÿs-Bas autrichiens, t. 1-5, Gand, 1778-1791.
  • PIRENNE Henri, Histoire de Belgique : des origines à nos jours, t.3, Bruxelles, 1948.
  • POLASKY Janet, Revolution in Brussels 1787-1793, Gembloux, 1985.
  • SIMON M.J.G, Begin der Belgische vryheyd oft Nauwkeurig dag-verhael van het geén'er in Turnhout gebeurd is sedert den 24. october tot 23 november anni 1789, Bruxelles, 1790.
  • VANDER MERSCH François-Michel, La Révolution Belgique : chronique d’une famille entre France et Flandres, Bruxelles, 2000.
  • VAN ROSSEM Stijn, Revolutie op de Koperplaat: Repertorium van politieke prenten tijdens de Brabantse Omwenteling (1787-1792), Louvain, 2012.

 

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