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Bataille
Bataille de Lauffeld (1747)

La bataille la plus sanglante sur le territoire du Limbourg.

Bataille de Lauffeld (1747)

Informations sur la bataille

  • Lauffelt (Lafelt, près de Riemst, entre Tongres et Maastricht)
Quand
2 juillet 1747
Conflit
  • Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748)
Parties belligérantes
France
  • Grande Bretagne (+ Hanovre et Hessen)
  • Autriche
  • République des Sept Provinces-Unies
Forces en présence
env. 80 000
env. 70 000
Victimes
env. 10 000 morts ou blessés
env. 7 000 morts ou blessés
Chefs des armées
Maurice de Saxe
Duc de Cumberland

Synopsis

Après le Traité d'Utrecht (1713), qui met fin à la guerre de Succession d'Espagne, les Pays-Bas méridionaux passent de la souveraineté espagnole à celle des autrichiens. La période qui suit débute par un temps de paix relativement long, qui prend fin en 1740, avec la mort de l'empereur Charles VI. L’avènement de sa fille Marie-Thérèse crée des remous. Certains souverains européens considèrent qu’ils peuvent faire valoir leurs droits au trône autrichien tandis que d’autres pensent pouvoir tirer parti de la faiblesse présumée d’une femme aux rênes de l’Empire. Deux coalitions s’opposent : du côté des alliés de Marie-Thérèse, la Grande-Bretagne et la république des Provinces-Unies, entre autres ; du côté des opposants, la France, l’Espagne, la Prusse, la Saxe et la Bavière. Les tensions débouchent sur la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), dont le principal théâtre d’opération, au cours des premières années, sera l’Europe centrale.
Inquiet de la menace que représente la proximité immédiate de la coalition formée par l’Autriche, la Grande-Bretagne et la république aux frontières septentrionales de son royaume, le roi Louis XIV décide, en mai 1744, d’envahir les Pays-Bas méridionaux. À la fin de l’été 1746, après plusieurs sièges, une bataille importante (Fontenoy, le 11 mai 1745) et des affrontements de moindre ampleur, l’armée français sous le commandement de Maurice de Saxe, maréchal de France, a conquis l’ensemble du territoire, à l’exception du Luxembourg et de la Gueldre. Les coalisés se replient vers la principauté de Liège, en terrain neutre. Un répit de courte durée car les Français les y vainquent lors de la bataille de Rocourt, le 11 octobre 1746.
Au printemps 1747, la France  concentre alors son attention sur Maastricht. La conquête de ce bastion stratégique lui permettrait non seulement de consolider ses nouvelles possessions sur le flanc est, mais aussi de se doter d’une tête de pont aux portes de la république des Provinces-Unies.
Fin juin, les belligérants prennent chacun position.

Au matin du 2 juillet, journée pluvieuse, les troupes alliées autrichiennes, néerlandaises et britanniques, rassemblées une nouvelle fois sous la bannière du duc de Cumberland, sont déployées d’ouest en est, sur une ligne qui relie Alden Biesen et Wolder (aujourd’hui, un faubourg de Maastricht) en passant par Petit-Spouwen, Grand-Spouwen et Kesselt. Aux côtés des Britanniques combattent également des unités de Hanovre et de Hesse, vu que le roi de Grande-Bretagne George II est également prince-électeur de Hanovre.
Les Français, qui comptent dans leurs rangs une brigade irlandaise, comme lors de la bataille de Fontenoy, établissent au sud un front parallèle, s’étendant de Genoelselderen à Riemst, en passant par les hauteurs de Herderen. Bien qu’implantés juste devant les lignes alliées, les villages de Flétange et de Lauffeld se trouvent en réalité entre les deux camps.
Les alliés ont établi leur quartier général à la commanderie d’Alden-Biesen, tandis que le maréchal de Saxe et le roi Louis XV observent le théâtre des opérations depuis le Sieberg, près de Herderen.

carte générale de la bataille

À l’ouest de la ligne de front, la situation est, d’un point de vue tactique, plutôt favorable aux alliés, car ils sont installés sur une hauteur. L’avantage revient en revanche aux Français au centre et à l’est. Depuis le sommet des collines de Riemst, ils jouissent d’un terrain plus ouvert, bien que sillonné de multiples haies et chemins creux. De ce fait, le maréchal de Saxe décide de cibler l’aile gauche alliée, à l’est, en tirant parti de sa position en hauteur. En même temps, il est ainsi en mesure de couper la route à l’ennemi et de l’empêcher de rejoindre Maastricht, but ultime de sa campagne.

Les affrontements débutent vers neuf heures du matin. Les Français s’emparent sans grande difficulté de Montenaeken (actuellement, Vroenhoven), un petit village situé juste devant leurs lignes, à l’est de Riemst. Dans le camp allié, le haut commandement est en désaccord. Le duc de Cumberland, commandant en chef, privilégie une confrontation en terrain ouvert, alors que l’idée suggérée par Ligonier (un huguenot français au service de l’armée britannique), qui commande l’aile gauche, est d’utiliser Flétange et Lauffeld comme positions avancées, de manière à tirer parti des habitations, chemins creux et haies pour gêner les manœuvres de l’infanterie et de la cavalerie. Ce dernier est cependant contraint de s’incliner. Flétange et Lauffeld sont incendiés.
Pendant ce temps-là, ayant observé à distance qu’à deux reprises, les troupes britanniques et hanovriennes avaient investi puis quitté les villages, le maréchal de Saxe en avait conclu que les alliés se retiraient. Il décide de concentrer son attaque sur Lauffeld. À quatre reprises, autour de onze heures moins le quart, onze heures et demie, midi et demie et un peu après treize heures, les Français lancent l’assaut sur le village, mais ils sont repoussés par l’artillerie britannique et les bataillons d’infanterie dépêchés pour lui prêter main forte. Tandis que les deux camps lancent constamment des renforts dans la bataille, les Français, pris au piège sur un terrain qui diminue leurs chances de riposte, sont considérablement éprouvés par les tirs d’artillerie concentrés des alliés. La plus sévèrement touchée est la brigade irlandaise.
À la faveur d’une cinquième attaque, les Français parviennent également à neutraliser la batterie d’artillerie britannique positionnée sur le sommet d’une colline située à l’arrière du village de Lauffeld. Le maréchal de Saxe y fait aussitôt installer la sienne, de manière à prendre en ligne de mire le front des renforts alliés. Il parvient ainsi à crever les lignes ennemies et à créer une brèche entre Lauffeld et le petit village de Hees, situé un rien plus au nord. La cavalerie française s’y engouffre et affronte la cavalerie néerlandaise. Gênée par les unités d’infanterie de Hesse qui la précèdent et battent en retraite, cette dernière cède à la panique et prend la fuite.
Les lignes alliées chancellent. Vers quinze heures, Cumberland ordonne l’évacuation définitive du village de Lauffeld. Les renforts autrichiens, prélevés sur l’aile droite du dispositif allié, restée jusque-là en faction, arrivent trop tard.

Gardant à l’esprit leur objectif d’isoler les alliés de Maastricht, les Français tentent de poursuivre leur progression en direction de la localité de Wolder, non loin de Maastricht, mais ils sont bloqués par une charge de la cavalerie britannique, menée par le général Ligonier. Ce coup d’arrêt permet à Cumberland de rétablir l’ordre. Les troupes alliées se regroupent et, à partir de seize heures, entament leur retraite en direction de Maastricht, via Lanaken.
Ligonier mène néanmoins une seconde charge mais il est fait prisonnier. Au soir de la bataille, il dînera avec le roi de France Louis XV, en compagnie du maréchal de Saxe, ce dernier laissant ainsi passer l’occasion de mettre davantage en difficulté les alliés en retraite.

peinture Auguste Couder: Ligonier est conduit devant Louis XV

Au soir du 2 juillet et au matin du 3, les alliés traversent la Meuse et investissent en bon ordre Maastricht et les alentours. Pour les Français, toute chance d’assiéger la ville et encore moins de la capturer, est temporairement compromise. Bien que la bataille lui vaille à son retour tous les honneurs, le maréchal de Saxe est également critiqué en France pour ne pas avoir su profiter de l’élan de la victoire.

D’un point de vue tactique, la victoire est française, mais d’un point de vue stratégique, les alliés sont parvenus à maintenir leur unité et à conserver Maastricht. En termes de pertes humaines, le bilan est très lourd dans les deux camps. Avec quelque 7000 tués ou blessés du côté des alliés et 10 000 environ du côté des Français (parmi lesquels plus de 1000 Irlandais), la bataille de Lauffeld est la plus sanglante qui se soit jamais déroulée sur le territoire du Limbourg belge. Elle s’est soldée aussi par le massacre de plus de 3000 chevaux.

Croix irlandais à Lafelt

Maastricht tombe aux mains des Français en mai 1748, mais la Paix d’Aix-la-Chapelle met fin à la guerre en octobre de la même année. Bien que figurant parmi les vainqueurs militaires, Louis XV choisit de restituer tous les territoires conquis dans les Pays-Bas méridionaux, au grand dam du maréchal de Saxe, entre autres. Les autrichiens reprennent alors le pouvoir dans notre pays.

 

Littérature

  • NOTERMANS J., “De grootste veldslag uit de oorlog”, in: De Slag van Lafelt om Maastricht, Maastricht: Stichting Historische Reeks Maastricht, 1997, p. 51-80
  • GEVAERT Marc, Slagveld van Europa. Duizend jaar oorlog in de Zuidelijke Nederlanden, Roeselare: Globe, 2007, p. 266-271
  • DE MAESSCHALCK Edward, Het strijdtoneel van Europa 1648-1815. De Zuidelijke Nederlanden onder Spaans, Oostenrijks en Frans bewind, Anvers: Davidsfonds Uitgeverij, 2019, p. 151-171
  • DE VRIENDT B., DERDE W. en CARMAN J., 2011: De Inventarisatie van slagvelden van vóór WOI in Vlaanderen, Studieopdracht uitgevoerd in opdracht van het Vlaams Instituut voor het Onroerend Erfgoed. [online gepubliceerd] https://oar.onroerenderfgoed.be/publicaties/ROEV/4180/ROEV4180-001.pdf
  • DAENEN Julien, MERTENS Jozef, Limburg in ’t geweer. Oorlogsleed in het Land van Loon van Alva tot Napoleon, Bilzen: Landcommanderij Alden Biesen, 2008, 263 p.
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