Informations sur la bataille
- Othée (Russon/Al Savate)
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Milices liégeoises
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Alliés bourguignons du prince-évêque
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6000 à 10 000
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un peu plus de 6000
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| Victimes |
beaucoup (inestimable)
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500 à 600
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| Chefs des armées |
Mambour Henri de Hornes
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Synopsis
Aux XIVe et XVe siècles, la principauté de Liège est un État du Saint-Empire Germanique. Un prince-évêque la dirige sur le plan tant temporel que spirituel avec pour limites le pouvoir de l’empereur et les droits des Liégeois. Parmi ces derniers, il y a en particulier tout au long du XIVe siècle ceux des corporations des métiers qui réclament davantage de pouvoir au détriment de celui du prince-évêque. La Paix de Fexhe de 1316 contraint le chef de l’État à céder une part de son pouvoir au chapitre cathédral de Saint-Lambert (clergé), à la noblesse et aux bonnes villes.
Les premières années de son règne qui débute en 1390, le nouveau prince-évêque Jean de Bavière travaille à s’attirer les faveurs des Liégeois. Mais sa soif d’autorité absolue le conduit à essayer de contrôler les villes.
À partir de 1395, sa politique commence à déplaire sérieusement à ses sujets et les tensions croissent. Une nouvelle paix est signée à Tongres en 1403, qui réaffirme l’autorité du prince-évêque contre les haidroits, c’est-à-dire le parti opposé à Jean de Bavière. Celui-ci abuse à nouveau de son pouvoir et convainc ainsi les bonnes villes de s’allier contre lui.
Dès lors, les Liégeois se rebellent régulièrement jusqu’en 1408 où la bataille d’Othée met un terme à ces troubles.
L’avant-dernière année de la rébellion, en 1407, le prince-évêque Jean de Bavière doit appeler en renfort entre autres son beau-frère le duc Jean de Bourgogne. Les Liégeois révoltés sont menés en armée par leur mambour illégitime Henri de Hornes (c’est-à-dire l’administrateur du pays qu’ils avaient choisi en même temps qu’ils avaient élu son fils Thierry de Hornes comme nouvel évêque). Ce noble, seigneur de Perwez et de Cranembourg, est un talentueux chef de guerre ainsi qu’un vassal du duc de Brabant. Il en espère d’ailleurs le soutien, vainement, puisque le duc, frère de Jean de Bourgogne, est par là même parent du prince-évêque.
Renforcés par des archers anglais, les Liégeois s’emparent de St-Trond et de Bouillon. Puis ils assiègent à plusieurs reprises durant toute une année la cité de Maastricht, le dernier refuge de Jean de Bavière.
Une lettre de Jean de Bourgogne à son frère Antoine le duc de Brabant décrit la bataille assez précisément pour que nous la connaissions bien.
Louis Prosper Gachard, conservateur adjoint des Archives du Royaume à Bruxelles au milieu du XIXe siècle, a édité cette lettre dans ses Analectes Belgiques.
Par ailleurs, précisons ici que la bataille a en réalité plutôt eu lieu sur l’ancienne commune de Russon (maintenant Tongres), près du hameau Al Savate, entre Othée et Tongres.
Le 17 septembre 1408, l’armée de Jean de Bourgogne rejoint à Fleurus celle du comte Guillaume IV de Hainaut, son beau-frère. Elles se séparent ensuite pour traverser la Hesbaye et atteindre seulement Montenaeken ensemble. Là, les deux alliés apprennent que les Liégeois ont abandonné le siège de Maastricht pour défendre leur propre cité.
En effet, la crainte d’être pris en tenaille par leurs ennemis les a poussés à rentrer chez eux et à discuter de la marche à suivre. Le mambour Henri de Hornes veut garder les villes, conscient que ses troupes sont improvisées et incapables de faire face à des soldats de métier. Contre son avis, celles-ci choisissent de fondre sur le comte de Hainaut avant qu’il ne retrouve le duc de Bourgogne et de le vaincre par leur nombre.
Ainsi, le 23 septembre, l’armée liégeoise indisciplinée s’étonne de rencontrer les deux alliés réunis à Russon (leurs éclaireurs les avaient avertis de l’avancée des Liégeois).
De Hornes se positionne sur une colline séparée des adversaires par un ravin, son arrière et ses flancs protégés par une ligne de chariots et par sa cavalerie au-delà. Il attend des renforts de la ville voisine de Tongres, mais les Liégeois préfèrent combattre immédiatement.
En face d’eux, le duc de Bourgogne à droite et le comte de Hainaut à gauche ont formé une seule armée.
Les effectifs liégeois ont été raisonnablement estimés au mieux entre 6000 et 10 000 hommes à pied, 500 à 600 cavaliers et une centaine d’archers anglais.
Contre eux, 3275 combattants du duc de Bourgogne, parmi lesquels 2097 à pied et à cheval ainsi que 1078 de trait (archers/arbalétriers), et environ 3000 du comte de Hainaut, dont 1000 fantassins au plus. Cet ensemble comptais donc une majorité de cavaliers et d’archers.
Les renforts tongrois (2000 d’après la chronique d’Enguerrand de Monstrelet) doivent arriver par la voie liant Othée et Tongres qui est toute proche de la position du mambour. Cette dernière est favorable et défensive grâce au terrain et à la disposition des unités : les chariots forment une enceinte protégeant les flancs et l’arrière, la cavalerie au-delà, l’infanterie et les archers occupent le centre, les archers anglais sur les côtés et les nobles et Henri de Hornes à l’avant.
À la mi-journée, l’artillerie liégeoise située à l’avant tire.
Les troupes bourguignonnes quittent leur position défensive en deux groupes, l’un à pied pour traverser le ravin et l’autre à cheval pour contourner les Liégeois. Ces derniers croient là à une fuite contrairement au mambour qui comprend la manœuvre mais qui ne contrôle plus ses troupes.
Entre 400 et 500 cavaliers bourguignons font le tour avec quelque mille fantassins. Ils sont d’abord arrêtés par les chariots ; ils les passent enfin et enfoncent les rebelles dans le dos.
Une brèche étant ouverte, nombre de Liégeois fuient vers un village tout proche. Ils sont poursuivis par les cavaliers ennemis qui les rattrapent. Beaucoup de fuyards sont tués et les autres se réfugient où ils peuvent, notamment dans un bois.
Le nettoyage effectué de ce côté, le groupe à cheval bourguignon revient à la bataille principale et c’est un massacre qui commence.
© Musée du Grand Curtius
Au bout d’une heure et demie, les Liégeois acculés et littéralement étouffés abandonnent. Les renforts tongrois arrivent trop tard, ils constatent la situation de leur camp, effectuent une volte-face vers Tongres, mais ils sont poursuivis à leur tour par la cavalerie. Même sans qu’ils soient intervenu, leur présence condamne les prisonniers à la mort.
Bien que le nombre de victimes liégeoises – parmi lesquelles le mambour Henri de Hornes, son fils l'évêque Thierry ainsi que son autre fils Jan – soit très élevé, et que la chronique d’Enguerrand de Monstrelet annonce 500 à 600 morts alliés, il n’est pas possible d’évaluer sérieusement les pertes de part et d’autre avec les sources disponibles.
Le parti des haidroits, les opposants de Jean de Bavière, est vaincu, mais la répression est forte.
Le 29 septembre, le prince-évêque désormais surnommé Jean sans Pitié visite sa cité de Liège mais n’y restera pas (le duc de Bourgogne gagne quant à lui avec cette bataille le surnom de Jean sans Peur).
La Cité livre 500 otages aux alliés qui les détiennent trois ans et demi.
Le 24 octobre 1408 à Lille, les alliés décident de supprimer les institutions de Liège et réclament un lourd payement. Un tel châtiment ordonné par des « étrangers » veut porter sur eux la rancœur des Liégeois plutôt que sur le prince-évêque.
Par ailleurs, les princes étrangers qui ont aidé Jean de Bavière à reprendre Liège sont les grands gagnants qui ressortent maîtres du pays, en particulier le duc de Bourgogne devenu le protecteur de la principauté.
Le sort de Liège symbolise la victoire du pouvoir princier sur les bourgeois de la ville.
Auteur : Thibault Heusse
Littérature
Sources :
- BOURGOGNE, Jean duc de, « Lettre de Jean, duc de Bourgogne, à Antoine, duc de Brabant, son frère, sur la bataille livrée aux Liégeois, à Othée, le 23 septembre 1408 », éditée par GACHARD L.P., Analectes Belgiques : ou recueil de pièces inédites, mémoires, notices, faits et anecdotes concernant l'histoire de Pays-Bas, Bruxelles, Auguste Wahlen, 1830, p. 2-6
- DE MONSTRELET Enguerrand, Chronique, t. I, éditée par Douët d’Arcq Louis, Paris, Renouard, 1857, p. 350-387
- DES SALLES, LA BARRE Louis F. de, Mémoires Pour Servir A L'Histoire De France Et De Bourgogne: Contenant Un Journal De Paris Sous les Regnes de Charles VI. & de Charles VII. : L'Histoire du Meurtre de Jean sans peur, Duc de Bourgogne, avec les Preuves : Les Etats des Maisons & Officiers des Ducs de Bourgogne de la derniere Race, enrichis de Notes historiques très-interessantes pour un grand nombre de Familles illustres : Des Lettres de Charles le Hardy, Duc de Bourgogne, au Sieur de Neufchastel du Fay, Gouverneur du Luxembourg; & plusieurs autres Monumens très-utiles pour l'éclaircissement de l'Histoire du XIV. & XV. siecle : Avec une Table des Matieres, & des Noms des Familles les plus considerables dont il est fait mention dans l'Ouvrage, t. I, Paris, Julien-Michel Gandouin, Pierre-François Giffart, 1729, p. 373-379
Travaux :
- CHARLIER Yves, La bataille d'Othée et sa place dans l'histoire de la Principauté de Liège, mémoire de licence en Histoire, inédit, Université de Liège, année académique 1983-1984
- DEVRIES Kelly, « Othée, Battle of », in : Rogers Clifford J. (dir.), The Oxford encyclopedia of medieval warfare and military technology, vol. III, New York : Oxford University Press, 2010, p. 90-91
- KURTH Godefroid, La cité de Liège au Moyen-Âge, t. III, Bruxelles : A. Dewit, Liège : L. Demarteau/D. Cormaux, 1910, p. 50-76