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Bataille
Bataille d'Ekeren (1703)

Un exploit chaotique mais remarquable de l’art de survie de l’armée de la République.

Bataille d'Ekeren (1703)

Informations sur la bataille

  • Ekeren
Quand
30 juin 1703
Conflit
  • Guerre de Succession d'Espagne (1701-1713)
Parties belligérantes
Armée des « Deux Couronnes » : France - Espagne
République des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas
Forces en présence
env. 24 000
env. 12 000
Victimes
  • 1062 morts
  • 1067 blessés
  • 966 morts
  • 1469 blessés
  • env. 700 prisonniers ou disparus
Chefs des armées
  • Duc Louis-François de Boufflers
  • Isidore de la Cueva y Benavides, marquis de Bedmar
  • Jacob van Wassenaer Obdam
  • Frederik van Baer Slangenburg
  • Claude-Frédéric t'Serclaes, comte de Tilly

Synopsis

La guerre de Succession d’Espagne (1701-1713) est déclenchée par la mort sans descendance de Charles II d’Espagne, à la fin de l’année 1700. En vertu de son testament, Charles-Philippe d’Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV, hérite du trône d’Espagne – de ses colonies et de ses territoires européens.
Cette situation bouleverse l’équilibre des pouvoirs en Europe. Plusieurs grandes puissances européennes craignent en effet qu’une union hispano-française entre représentants de la maison de Bourbon ne rende la France trop puissante. Face à cette union dite « des Deux Couronnes », les Habsbourg d’Autriche, qui règnent sur le Saint-Empire romain germanique, la République des Provinces-Unies, l’Angleterre et quelques autres États allemands forment une coalition : la Grande Alliance.
À partir de 1701, les deux blocs s’affrontent en divers endroits d’Europe. Les Pays-Bas méridionaux deviennent l’un des théâtres de cette guerre pour la succession au trône d’Espagne.

Les Pays-Bas méridionaux font partie de la Monarchie espagnole. Les Français considèrent cette région frontière entre la France et la République des Provinces-Unies comme une zone tampon stratégique essentielle. Les précédentes tentatives de Louis XIV pour la conquérir, e.a. pendant la guerre de Neuf Ans (1688-1697), ont échoué. Avec l’accession de son petit-fils au trône d’Espagne, il saisit à nouveau sa chance. En 1701, il envoie une armée envahir la région.
En réaction, une force de troupes anglo-hollandaise, placée sous le commandement du duc de Marlborough, envahit avec succès les Pays-Bas méridionaux en 1702, lors d’une campagne le long de la Meuse. En 1703, elle s’emploie à renforcer ses positions. C’est dans ce contexte qu’Anvers entre en ligne de mire.

Les prémises

Dans le cadre d'une manœuvre opérationnelle au cours de laquelle les généraux hollandais Menno van Coehoorn et Karel van Sparre se portent, le 27 juin 1703, vers Liefkenshoek et Stekene – à l'ouest d'Anvers, une force de troupes hollandaise (ou de l’armée « des États ») commandée par le général Jacob van Wassenaer Obdam, entame le 28 juin une avancée vers Anvers depuis Bergen op Zoom, en provenance du nord. L’objectif est de mettre sous pression les troupes françaises et espagnoles présentes dans la région.

En raison de dissensions au sein du commandement, d’erreurs de reconnaissance, d’un manque de réactivité et d’une communication défaillante, Obdam se révèle incapable de faire face à la menace ennemie.
Le 29 juin, alors que son armée s’étire le long des routes étroites et des polders autour d’Ekeren, elle se trouve encerclée de manière inattendue par une force franco-espagnole nettement supérieure, sous le commandement du duc de Boufflers et du marquis de Bedmar, envoyés par le commandant en chef franco-espagnol, le duc de Villeroy.

carte des environs d'Anvers avec les principaux mouvements de troupes

Largement inférieures en nombre et entravées dans leurs manœuvres par le terrain marécageux, les troupes des États se retrouvent dans une situation précaire. Les combats se concentrent autour d’Ekeren, Oorderen et Wilmarsdonk, des villages qui disparaîtront des siècles plus tard lors de l’extension du port d’Anvers.

Le déroulement des combats

Dès le petit matin du 30 juin, les avant-postes hollandais sont confrontés aux charges de la cavalerie ennemie dans les environs de Brasschaat. Plusieurs petites escarmouches dégénèrent rapidement en combats acharnés lorsqu’il apparaît que la colonne des États est menacée sur plusieurs flancs.
Les polders, entrecoupés de digues et de fossés, divisent le champ de bataille en d’innombrables petits secteurs, ce qui fragmente l’affrontement et le rend extrêmement chaotique.

Les combats sont d’une grande violence dans la zone de Muisbroek et d’Oorderen. L’infanterie des États se retranche dans des fermes, derrière des haies et le long de digues, tandis que les troupes françaises lancent des attaques successives. Plusieurs villages changent plusieurs fois de mains : occupé par les Hollandais le matin, l’un ou l’autre est repris une heure plus tard par les grenadiers français, avant de repasser dans l’autre camp à la faveur d’une contre-attaque des États. Les combats sont désordonnés et dispersés. Les unités hollandaises sont contraintes de dépêcher sans cesse de petits détachements pour repousser les assauts ennemis.

Malgré la pression écrasante, les soldats des États tiennent bon. La défense repose sur des régiments d’infanterie pugnaces et sur une série de contre-attaques de cavalerie improvisées, qui jouent un rôle décisif en ouvrant à plusieurs reprises des brèches dans les lignes adverses. Ces charges, particulièrement périlleuses en raison du terrain marécageux et resserré, retardent l’encerclement des troupes françaises.
Dans le même temps, les commandants français tentent de regrouper leurs troupes en vue d’un assaut décisif, mais les offensives répétées de l’ennemi jettent le trouble dans leurs rangs.

Alors que la situation semble désespérée pour les unités hollandaises, en fin d’après-midi, plusieurs généraux expérimentés, sous l’autorité de Frederik van Baer Slangenburg, parviennent à percer au nord.

mouvements de troupes lors de la bataille d'Ekeren projetés sur la carte Ferraris

Slangenburg rassemble l’infanterie restante en formations compactes et lance sa cavalerie dans une ultime charge afin d’ouvrir un passage à Oorderen. Tandis que les troupes françaises s’efforcent de refermer la brèche, les soldats des États se fraient, dans la soirée, un chemin mètre par mètre à travers les lignes ennemies.

La percée est sanglante, mais couronnée de succès : l’encerclement est brisé. Les forces hollandaises peuvent se retirer et, malgré de lourdes pertes, atteindre le lendemain le port de Lillo, sur le territoire de la République.

La bataille est ponctuée d’événements et d’anecdotes remarquables.
L’un d’entre eux est sans doute la « désertion » du général Obdam, qui s’en va annoncer à Breda que toute son armée a été vaincue alors même que, sous le commandement de Slangenburg et du comte de Tilly, ses troupes courageuses et expérimentées ont accompli un exploit militaire remarquable en réussissant à rompre l’encerclement.
La carrière militaire d’Obdam est compromise. Slangenburg est proclamé héros de la République…

La portée

D’un point de vue militaire, les deux parties revendiquent la victoire. Les Français ont conservé le champ de bataille, mais n’ont pas réussi à anéantir l’armée des États. Cette dernière est parvenue à rompre l’encerclement d’un adversaire beaucoup plus fort, ce qui est célébré comme un acte héroïque dans la République.

La bataille d’Ekeren montre à quel point la guerre dans les Pays-Bas méridionaux a pu être imprévisible et brutale. Elle illustre également la vulnérabilité de la région : des villages ont été détruits, des habitants ont fui et la région s’est temporairement transformée en zone de guerre.

Bien que cette bataille n’ait pas marqué un tournant décisif dans la guerre de Succession d’Espagne, elle est restée dans les annales comme un exemple de courage, d’improvisation et de persévérance militaire dans l’une des régions d’Europe les plus touchées par la guerre.

 

Auteur : LtKol MAB Danny Snelders

 

Littérature

  • SNELDERS Danny, De Slag bij Ekeren, “De vergeten Slag”, De Boekmaker, 2026
  • BRESSELEERS Frans & KANORA Hendrik, Geschiedenis van Ekeren, Ekeren : Pvba Van Hoof, 1956.
  • CHURCHILL Winston Spencer, Marlborough: His Life and Times, Londres : George G. Harrap Co. Ltd., 1947.
  • DE GELDER Carel Christiaan, Eene schoone bladzijde uit onze krijgsgeschiedenis, de slag bij Ekeren 1703, Assen : N.V. Drukkerij voorheen H. Born, 1934.
  • DUMONT Jean, ROUSSET DE MISSY Jean en VAN HUCHTENBERG Jan, Oorlogskundige beschrijving van de veldslagen, en belegeringen, der drie doorluchtige en wijdvermaarde krijgsoversten, hunne vorstelijke hoogheden, den prins Eugenius van Savoye, den prins en hertog van Marlborough, en den prins van Oranje en Nassau-Vriesland, La Haye : Isaac van der Kloot, 1729.
  • FAGEL François Nicolaas, Relaes Van het gevecht En de voorgevalle Actie aen de Schelde op den 30 Juny 1703- Soo als het selve in den Hage is gerapporteert door den Heer GENERAEL LUYTENANT FAGEL, Waer van gedachte Luytenant Generael oog-getuyge is geweest, La Haye : Gerrit Rammazeyn, 1703.
  • KNOOP Willem Jan, Krijgs- en geschiedkundige geschriften, eerste deel, Schiedam : H.A.M. Roelandts, 1861.
  • SAINT-SIMON Louis, Mémoires, tome I-VIII, Paris : Gallimard, 1988.
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  • WIJN, Jan Willem, “Het tijdperk van de Spaanse Successieoorlog”, in: Het Staatsche Leger, Deel VIII, La Haye : Martinus Nijhoff, 1956.
  • WAUTERS, Vic, “De Slag van Ekeren 1703”, in : ’t Bruggeske, tijdschrift van de Heemkring Hoghescote, 35ste jaargang, nr. 3 van 1 september 2003, Kapellen, pp. 79-x en in : Jaarboek, Jaarboek 10, Heemkring Ekeren : Ekeren, 1992
  • VON CAUSLER, Franz,  Atlas des plus mémorables batailles, combats et sièges des temps anciens du Moyen-age et de l’age moderne, Mersebourg : F. Louis Nulandt, 1839.
  • YVOY,  Plan van de Batailje der Holland en Franse Armée Voorgevallen tussen Muijsbroeck, Wilmarsdonck en Orderen op den 30 Junij 1703 onder Commande van de Heer Generaal Obdam, La Haye : P. Husson, 1703
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